La Compagnie ceci n’est pas une tortue créée la pièce de théâtre Allers-retours de Ödön Von Horváth traduction Henri Christophe mise en scène Marion Bosgiraud et a joué au Lavoir Moderne Parisien (Paris 18), au Magasin (Malakoff) et jouera en Mai 2019 au Local Théâtre à Belleville (Paris 20)

ALLERS-RETOURS

de Ödön Von Horváth traduction Henri Christophe
mise en scène Marion Bosgiraud assistée de Sabine Bruschet

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

Avec : E. Bloch, A. Chaïb, N. Cruveiller, C. Dumontier,
M. Gauluet, A. Oudot, M. Stojanovic, F. Vernaudon

Confection scénographique : Mikaël Gauluet
Accessoires : Ariane Chapelet
Création Maquillage : Ophélie Charpentier
Lumières : Mikaël Gauluet, Arthur Oudot
Création musicale : Caroline Dumontier, Clara Desautels

Il était une fois un pont jeté entre deux pays. Sur ce pont, un commerçant, Havlicek, expulsé d’un côté de la rive et refusé de l’autre, faute de papiers en règle. Contraint de faire des allers-retours sur ce triste morceau de bois, il rencontre de truculents personnages et bouleverse la vie locale.

Pendant mes années d’études en agro-développement international, j’ai vagabondé la moitié de l’année à l’étranger. Je ne regardais pas la couverture de mon passeport, je guettais la multitude de tampons qui le recouvrait. Je me sentais chez moi dans chaque pays que je foulais, qu’importe sa langue, sa nationalité. J’appartenais. Je n’appartenais pas à un pays, mais à un petit groupe de gens qui ont croisé mon chemin. Et c’est ce qui m’a captivée dans Allers-retours.

Je veux dire, je n’ai pas de pays et je n’en souffre pas, naturellement je me réjouis au contraire de cette absence d’appartenance car elle me libère d’un sentiment inutile. (…) Ma patrie, c’est le peuple.
Horváth

En lisant Allers-retours, je m’attendais à voir l’exil comme sujet principal. Comment l’exilé va-t-il passer la frontière ? L’intrigue s’étoffe, les personnages prennent du poids, on se noie dans les amours naissants, les rancunes, le trafic de drogue, les quiproquos et on en oublie ce pauvre Havlicek, cet exilé et les raisons de son errance. Cet homme ballotté finit par appartenir à une des deux berges, certes, mais surtout, à une histoire, et enfin à une famille. Il tombe amoureux, ni à gauche, ni à droite. Mais au milieu de nulle part. Sur un bout de bêton entre deux terres. Ce qui me plaît autant dans cette joyeuse comédie, c’est que le tampon qui figure sur
notre passeport, au fond, n’a pas vraiment d’importance.

L’avantage de la censure a toujours été d’obliger le censuré à trouver des images. La censure encourage donc le talent de l’image, l’aspect visionnaire. De la censure naît le symbole.
Horváth

Horváth fait partie de ces auteurs dont l’art est devenu un crime sous le IIIe Reich. Ces exilés lettrés de l’ombre qui luttent en silence pour la vérité me fascinent. Je souhaite être relais de leur plume acerbe et discrète, et honorer les subterfuges artistiques qu’ils ont dû inventer pour se faire entendre. Pour Horváth, la ruse est une comédie populaire remaniée. Prenez un spectacle de divertissement, de la musique, des chants, un happy end. Ajoutez-y des personnages pétris d’inhumanité, de défauts, avec des œillères sur la vie, des êtres crus qui croient dur comme fer aux obscénités qu’ils prêchent. Ajoutez-y des silences, où les échos laissent résonner une multitude de sens. Vous avez là une recette Horváthienne pour semer, avec discrétion, une critique de la société. C’est l’art de la déception : dans un brouhaha jovial de petites aventures anodines, une phrase, un silence ressortent parfois. Et le message est rare, percutant.

Nous emmenons notre public vers l’illusion d’une distraction – nous racontons des petites histoires d’abus administratifs, d’amour, de famille, d’amitié sur un pont entre deux pays – pour qu’il en ressorte dubitatif. Que les messages le percutent comme une foudre inattendue. Qu’on passe du bruit au silence, du rire au frisson, puis qu’on rit de plus belle. Nous nous emparons de la comédie populaire à notre tour pour que le public d’aujourd’hui se contemple « non pas de haut, mais tout de même de devant, de derrière, de côté et d’en bas ». Nous parlons de notre temps avec les ruses d’un auteur d’antan.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud
Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

X

Un seul mot suffit : Machiavel.

Y

Ciel ! Je suis myope.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

MME HANUSCH

Moi, je le laisserais bien entrer,
quelle que soit la frontière.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

    HAVLICEK

On existe bien quelque part, à la fin !

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

SZAMEK

Il y a des petites injustices dans la vie des hommes.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

MRSCHITZKA

Croustillante ! Très croustillante !

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

EVE

Mieux vaut pauvre, mais heureux.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

Constantin

Face au devoir, je renie mon coeur.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

Femme
du Précepteur

Je n’irai plus chercher des vers pour toi.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

Le Précepteur

Rien que des vers squelettiques.

Pièce de théâtre Allers-Retours / Ödön Von Horváth / mise en scène Marion Bosgiraud

Mme Leda

Pas de gabelou en vue ?