ALLERS-RETOURS

de Odön Von Horváth traduction Henri Christophe
mise en scène Marion Bosgiraud assistée de Sabine Bruschet

Allers-Retours (Ödon Von Horvath)

avec Amine Chaïb, Nina Cruveiller, Clara Desautels, Caroline Dumontier, Mikael Gauluet, Arthur Oudot, François Vernaudon, Marc Stojanovic

Synopsis

Il était une fois un pont jeté entre deux pays. Sur ce pont, un commerçant, Havlicek, expulsé d’un côté de la rive et refusé de l’autre, faute de papiers en règle. Contraint de faire des allers-retours sur ce triste morceau de bois, il rencontre de truculents personnages et bouleverse la vie locale.

Szamek

Il y a des petites injustices
dans la vie des hommes.

Havlicek

On existe bien quelque part à la fin.

Mme Hanusch

20 000 ! Je leur couperais la tête,
et je serais tirée d’embarras !

Mschritzka

Croustillante ! Très croustillante !

Eve

Mieux vaut pauvre, mais heureux.

Contrebanditsky

Tu as encore sniffé ?

Le Précepteur

Rien que des vers squelettiques.

Mme Leda

Pas de gabelou en vue ?

La Femme du Précepteur

Je n’irai plus chercher des vers pour toi.

X

Ciel ! Je suis myope.

Constantin

Face au devoir, je renie mon coeur.

Note d’intention

Pendant mes années d’études en agro-développement international, j’ai vagabondé la moitié de l’année à l’étranger. Je ne regardais pas la couverture de mon passeport, je guettais la multitude de tampons qui le recouvrait. Je me sentais chez moi dans chaque pays que je foulais, qu’importe sa langue, sa nationalité. J’appartenais. Je n’appartenais pas à un pays, mais à un petit groupe de gens qui ont croisé mon chemin.
Et c’est ce qui m’a captivée dans Allers-retours.

Je veux dire, je n’ai pas de pays et je n’en souffre pas, naturellement je me réjouis au contraire de cette absence d’appartenance car elle me libère d’un sentiment inutile. (…) Ma patrie, c’est le peuple.
Horváth

En lisant Allers-retours, je m’attendais à voir l’exil comme sujet principal. Comment l’exilé va-t-il passer la frontière ? L’intrigue s’étoffe, les personnages prennent du poids, on se noie dans les amours naissants, les rancunes, le trafic de drogue, les quiproquos et on en oublie ce pauvre Havlicek, cet exilé et les raisons de son errance. Cet homme balloté finit non pas par appartenir à une des deux berges, mais à une histoire et enfin, à une famille. Il tombe amoureux, ni à gauche, ni à droite. Mais au milieu de nulle part. Sur un bout de béton entre deux terres.
Ce qui me plaît autant dans cette joyeuse comédie, c’est que le tampon qui figure sur notre passeport, au fond, n’a pas vraiment d’importance.

Horváth fait partie de ces auteurs dont l’art est devenu un crime sous le IIIe Reich. Ces exilés lettrés de l’ombre qui luttent en silence pour la vérité me fascinent. Je souhaite être relais de leur plume acerbe et discrète, et honorer les subterfuges artistiques qu’ils ont dû inventer pour se faire entendre.

L’avantage de la censure a toujours été d’obliger le censuré à trouver des images. La censure encourage donc le talent de l’image, l’aspect visionnaire. De la censure naît le symbole.
Horváth

Pour lui, la ruse est la comédie populaire. Horváth ne dicte aucune morale, nous montre simplement comme des hommes pétris d’inhumanité. Dans un brouhaha jovial de petites aventures anodines, une phrase, un silence ressortent parfois.
Et le message est rare, percutant

Nous emmenons notre public vers l’illusion d’une distraction, nous racontons des petites histoires d’abus administratifs, d’amour, de famille, d’amitié sur un pont entre deux pays, pour qu’il en ressorte dubitatif.
Que les messages le percutent comme une foudre inattendue.
Qu’on passe du rire au frisson, puis qu’on rie de plus belle.
Nous nous emparons de la comédie populaire à notre tour pour que le public d’aujourd’hui se contemple « non pas de haut, mais tout de même de devant, de derrière, de côté et d’en bas ».

Nous parlons de notre temps avec les ruses d’un auteur d’antan.